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La batterie « made in Europe » va-t-elle alourdir la facture ?

Fabriquer nos batteries en Europe pourrait se payer au moment de choisir notre prochaine voiture électrique. Mais l’addition évoquée repose sur des hypothèses qui méritent d’être regardées de près.

La batterie « made in Europe » va-t-elle alourdir la facture ?

Fabriquer davantage de batteries en Europe pourrait coûter plus cher aux constructeurs, avec un risque de hausse pour les automobilistes. Un scénario chiffre ce supplément à 2 100 euros pour une voiture équipée de 60 kWh. Mais tout dépend des règles retenues et des progrès des usines européennes.

D’où viennent ces 2 100 euros ?

Le calcul repose sur un écart de coût entre des cellules importées à 50 euros par kilowattheure et des cellules européennes à 85 euros. Les cellules sont les éléments qui stockent l’énergie à l’intérieur de la batterie. Avec 35 euros d’écart par kWh, une capacité de 60 kWh donne un supplément de 2 100 euros.

Ce scénario, publié en septembre 2026, reprend une estimation issue d’une étude de 2024. Il compare le coût des cellules, avant leur intégration dans une batterie complète. Les valeurs retenues ne constituent pas un tarif unique valable pour tous les fournisseurs.

Pour l’automobiliste, la hausse dépendrait ensuite de la part absorbée par le constructeur et des aides disponibles. Les 2 100 euros ne se retrouveraient donc pas nécessairement à l’identique sur le bon de commande.

Ces 2 100 euros ne sont pas non plus un plafond. Avec les mêmes hypothèses, une batterie de 80 kWh donnerait 2 800 euros d’écart.

Des usines chinoises qui ont de l’avance

En 2025, la Chine a assuré plus de 80 % de la production mondiale de cellules. Ses grands fabricants disposent de lignes de production très automatisées, qu’ils ont eu le temps de roder. Ils bénéficient aussi d’un accès à des composants moins coûteux.

Les nouveaux sites européens doivent encore améliorer leur rendement. Une cellule qui sort de la chaîne sans être utilisable a consommé des matières et du temps de fabrication, sans pouvoir être vendue. Réduire ces pertes fait baisser le coût des bonnes cellules.

Le coût de l’électricité pèse également. Une partie du handicap européen peut toutefois diminuer à mesure que les usines maîtrisent leur production. Construire une grande usine constitue une première étape. Encore faut-il parvenir à la faire tourner efficacement.

Ce que Bruxelles veut changer

La Commission européenne propose de favoriser les produits fabriqués dans l’Union à travers l’Industrial Accelerator Act, présenté en mars 2026. Pour l’automobile, cela passe notamment par des conditions d’origine européenne attachées à certains achats publics et dispositifs d’aide.

L’idée est de donner des débouchés aux usines locales, afin que les investisseurs puissent compter sur des commandes. Au 27 octobre 2026, le texte reste en discussion. Il ne faut donc pas comprendre cette proposition comme une obligation déjà applicable à toutes les batteries vendues en Europe.

L’intérêt industriel est réel : produire davantage de cellules sur place permet de conserver du savoir-faire et de réduire certaines dépendances. Cela suppose toutefois de travailler aussi sur les composants. Une usine européenne peut encore dépendre largement de fournitures chinoises.

La facture pourrait s’alléger avec le temps

Une autre modélisation, tournée vers 2030, estime le supplément lié à la relocalisation des cellules à environ 500 euros par voiture en moyenne pour les constructeurs étudiés. Elle suppose que les usines européennes atteignent des niveaux d’efficacité et d’automatisation comparables à ceux des sites chinois. Elle tient aussi compte des cellules déjà produites en Europe.

Les deux estimations décrivent des situations différentes. Celle de 2030 suppose un rattrapage industriel qui reste à accomplir. Les 500 euros sont donc une projection conditionnelle, pas une baisse déjà acquise.

Pour accompagner cette étape, l’Union européenne a prévu 1,5 milliard d’euros de prêts sans intérêt dans le cadre du Battery Booster Facility. Le dispositif doit aider les fabricants de cellules à financer leur montée en cadence.

Reste une difficulté pour les petites voitures électriques. Si les constructeurs répercutent leurs coûts supplémentaires, certains modèles pourraient sortir du budget des acheteurs. Des subventions publiques peuvent amortir cette hausse pour l’acheteur, mais une partie de la dépense est alors supportée par la collectivité.

Le rattrapage industriel prendra du temps, alors que les ménages doivent pouvoir acheter leur voiture aujourd’hui. La réussite des usines européennes se jouera aussi dans leur capacité à fournir des batteries pour des modèles abordables.